
Le respect du DTU 36.5 n’est pas une simple contrainte technique, c’est votre principal bouclier juridique contre un refus d’indemnisation de votre assurance décennale.
- Un défaut sur le calfeutrement (absence de compribande, mousse PU) est le motif de refus le plus courant invoqué par les experts.
- La garantie décennale couvre les vices de pose rendant l’ouvrage « impropre à sa destination » (infiltrations, défaut d’isolation), tandis que la biennale couvre les éléments mobiles (moteur de volet, quincaillerie).
Recommandation : Adoptez une routine d’autocontrôle systématique en fin de chantier (photos, tests, PV de réception) pour constituer un dossier de preuves irréfutable en cas de litige.
Pour un artisan menuisier, la crainte d’un appel pour une infiltration d’eau des années après la pose est une source d’angoisse légitime. Vous avez beau choisir des menuiseries de qualité, certifiées NF et performantes, la sonnerie du téléphone peut transformer un chantier rentable en un gouffre financier et une perte de temps considérable. Le réflexe est souvent de se reposer sur son assurance décennale, en pensant qu’elle couvrira les éventuels désordres. C’est une erreur qui peut coûter très cher.
La réalité du terrain est plus complexe. L’assurance décennale n’est pas un chèque en blanc. En cas de sinistre, l’expert dépêché par l’assureur ne se contente pas de constater les dégâts. Il mène une véritable enquête technique pour déterminer l’origine du désordre et, surtout, pour vérifier si la mise en œuvre a été réalisée dans les règles de l’art. Son document de référence ? Le DTU 36.5. Chaque écart à cette norme est une brèche potentielle dans votre défense, une porte ouverte à un refus de prise en charge.
Cet article n’est pas une énième liste des règles du DTU. Il adopte une perspective différente, celle du contrôleur technique et de l’expert d’assurance. L’objectif est de vous armer de leurs raisonnements pour anticiper les points de friction, sécuriser vos chantiers et rendre votre travail inattaquable. Nous n’allons pas seulement voir ce qu’il faut faire, mais pourquoi une simple omission, comme l’absence de compribande, peut faire s’effondrer toute votre couverture d’assurance.
Nous allons décortiquer les points de non-conformité rédhibitoires, clarifier la frontière ténue entre jeu fonctionnel et malfaçon, et distinguer précisément ce qui relève de la garantie décennale, de la biennale, ou de la simple usure. Ce guide est conçu pour vous permettre de quitter chaque chantier avec la certitude d’être non seulement en conformité, mais surtout, d’être protégé.
Sommaire : Maîtriser le DTU 36.5 pour sécuriser sa garantie décennale de menuisier
- Pourquoi l’expert d’assurance refusera votre indemnisation en cas d’absence de compribande ?
- Comment valider vos propres ouvrages avant de quitter le chantier pour éviter le SAV ?
- Jeu fonctionnel ou malfaçon : quelle est la tolérance légale pour une porte qui frotte ?
- L’erreur classique de confondre norme produit (NF) et norme de mise en œuvre (DTU)
- Quand les nouvelles règles RE2020 s’imposent-elles à vos petits chantiers de rénovation ?
- Garantie de bon fonctionnement (2 ans) ou Décennale (10 ans) : dans quelle case tombe un volet roulant en panne ?
- Escabeau ou échafaudage : ce que dit le Code du travail pour changer une fenêtre au 1er étage
- Que couvre exactement votre assurance décennale menuisier (et surtout ce qu’elle ne couvre pas) ?
Pourquoi l’expert d’assurance refusera votre indemnisation en cas d’absence de compribande ?
C’est le point de rupture numéro un. Pour un expert d’assurance, vérifier le système de calfeutrement est le premier réflexe. L’absence ou la non-conformité de ce dernier est une faute de mise en œuvre si flagrante qu’elle suffit souvent à justifier un refus de prise en charge. En effet, un défaut d’étanchéité à l’air et à l’eau est considéré comme rendant l’ouvrage impropre à sa destination, le critère principal pour l’activation de la garantie décennale. Les retours d’expérience des litiges en assurance construction confirment que l’absence de compribande ou un calfeutrement non conforme au DTU 36.5 fait partie des principales causes de refus d’indemnisation.
L’erreur la plus grave est de croire que la mousse polyuréthane (PU) expansive peut remplacer une compribande ou un fond de joint avec mastic. Le DTU 36.5 est formel : la mousse PU est strictement interdite pour assurer la fonction de calfeutrement et d’étanchéité. Elle peut être utilisée pour le complément d’isolation thermique, mais jamais comme barrière principale contre l’eau et l’air. L’expert vérifiera systématiquement ce point.
Pour être inattaquable, le calfeutrement doit respecter une hiérarchie précise :
- Compribande de classe 1 : Utilisée seule, elle assure à la fois l’étanchéité à l’air et à l’eau. Sa pose doit être impeccable, sans interruption.
- Compribande de classe 2 + Mastic : Si une compribande de classe 2 est utilisée, elle doit impérativement être complétée par un joint mastic de type élastomère sur un fond de joint en mousse cellulaire.
Les points de non-conformité rédhibitoires pour un expert sont clairs et faciles à contrôler. L’utilisation de mousse PU expansive pour le calfeutrement, des fixations non conformes par collage ou pointes, l’absence de fond de joint ou un mauvais dimensionnement du joint sont autant de cartons rouges directs. De même, le non-respect des tolérances d’aplomb (supérieur à 2mm/m) sera systématiquement relevé comme une faute de mise en œuvre aggravant les risques d’infiltrations.
Comment valider vos propres ouvrages avant de quitter le chantier pour éviter le SAV ?
La meilleure défense contre un litige est la prévention et la preuve. Attendre un appel du client des mois après la fin du chantier vous met en position de faiblesse. La solution est de mettre en place un processus d’autocontrôle probant : une série de vérifications systématiques que vous effectuez, documentez et, idéalement, faites valider par le client avant même de signer le procès-verbal de réception. Cette démarche transforme une simple fin de chantier en la constitution d’un dossier de défense préventif.
Cet autocontrôle ne doit pas être une formalité. Il s’agit d’adopter le regard critique de l’expert d’assurance avant qu’il n’intervienne. Un outil de plus en plus accessible, comme une petite caméra thermique d’entrée de gamme, peut par exemple fournir une preuve visuelle de la bonne continuité de l’isolation et de l’absence de ponts thermiques flagrants. Une photo datée montrant la compribande correctement posée avant la pose des habillages peut valoir de l’or en cas de contestation.

Comme le révèle une image thermique, les défauts d’étanchéité sont invisibles à l’œil nu mais constituent des failles critiques. Documenter la performance de votre pose avec des outils modernes est une preuve tangible de votre professionnalisme. L’objectif de la checklist suivante n’est pas seulement de vérifier la conformité, mais de créer une archive datée et potentiellement co-signée de la qualité de votre travail à l’instant T.
Votre plan d’action : la checklist d’autocontrôle de fin de chantier
- Contrôle de l’aplomb et des niveaux avec une tolérance maximale de 2 mm/m.
- Vérification du jeu périphérique (10mm minimum pour l’aluminium, 5-7mm pour le PVC, 7mm pour le bois).
- Test de la compression des joints avec la technique simple de la feuille de papier (elle doit être pincée fermement).
- Contrôle du fonctionnement (manœuvrabilité aisée, fermeture complète sans forcer, verrouillage fonctionnel).
- Test d’étanchéité à l’eau sur les points singuliers (rejingot, seuil) à l’aide d’un arrosoir.
- Vérification visuelle de la fixation (intervalle max 800mm, 100mm des angles).
- Contrôle du calfeutrement (présence visible de la compribande ou du joint mastic).
- Prise de photos datées des points clés (fixations, calfeutrement) avant la pose des habillages.
- Documentation thermique avec une caméra pour visualiser l’absence de ponts thermiques majeurs.
- Co-signature du procès-verbal (PV) de réception avec le client, mentionnant que ces contrôles ont été effectués.
Jeu fonctionnel ou malfaçon : quelle est la tolérance légale pour une porte qui frotte ?
C’est une plainte fréquente : « ma porte frotte » ou « il y a un jour sous ma fenêtre ». La question qui se pose immédiatement est de savoir s’il s’agit d’un simple désagrément nécessitant un réglage, ou d’une réelle malfaçon engageant votre responsabilité. Le DTU 36.5 établit des tolérances précises qui servent de référence légale pour trancher. Les dépasser vous expose directement à une mise en cause pour désordre fonctionnel.
La règle la plus connue concerne la verticalité et l’horizontalité. En effet, selon les spécifications du DTU 36.5 pour la pose de menuiseries, une tolérance maximale de 2mm/m pour le faux-aplomb est admise. Au-delà, le fonctionnement de l’ouvrant peut être compromis (difficulté à fermer, frottements), et un expert conclura à une malfaçon. De même, un défaut d’horizontalité supérieur à 3 mm sur la largeur totale de la menuiserie est considéré comme un vice de pose.
Il est aussi crucial de comprendre que certains « jeux » sont non seulement normaux, mais obligatoires. Un jeu périphérique insuffisant est une faute aussi grave qu’un faux-aplomb, car il ne permet pas la libre dilatation des matériaux. Cela peut entraîner des déformations, des blocages, voire des ruptures de vitrage. L’expert vérifiera que vous avez bien respecté les jeux minimaux requis, qui varient selon le matériau.
Le tableau suivant synthétise les tolérances clés à connaître pour distinguer un jeu fonctionnel nécessaire d’une malfaçon avérée. Maîtriser ces chiffres vous permet de justifier votre travail face à un client et de vous défendre face à un expert.
| Type de défaut | Tolérance maximale | Classification |
|---|---|---|
| Faux-aplomb (verticalité) | 2 mm par mètre | Désordre fonctionnel si dépassé |
| Défaut d’horizontalité | 2 mm (largeur ≤1,5m) / 3 mm (>1,5m) | Désordre fonctionnel si dépassé |
| Jeu périphérique aluminium | 10-12 mm minimum | Nécessaire pour dilatation |
| Jeu périphérique PVC | 5-7 mm minimum | Nécessaire pour dilatation |
| Jeu périphérique bois | 7 mm minimum | Variations hygrométriques |
| Différence de niveau en appui | 3mm/m (max 10mm total) | Malfaçon si dépassé |
L’erreur classique de confondre norme produit (NF) et norme de mise en œuvre (DTU)
Une fenêtre haut de gamme certifiée NF/Acotherm/CEKAL posée sans respecter le DTU 36.5 fait sauter à la fois la garantie du fabricant et l’assurance décennale de l’artisan.
– Expert en contentieux construction, Index Habitation – Garantie décennale fenêtres
C’est l’un des malentendus les plus dangereux pour un artisan poseur. Beaucoup pensent qu’installer une menuiserie certifiée et de grande marque les protège automatiquement. C’est faux. La chaîne de responsabilité est très claire en cas de sinistre : le fabricant est responsable de la qualité intrinsèque de son produit, mais l’installateur est seul responsable de sa mise en œuvre. La citation ci-dessus résume parfaitement le risque : une pose non conforme annule tout.
La certification NF ou CEKAL garantit que la fenêtre, sortie d’usine, atteint un certain niveau de performance thermique, acoustique ou d’étanchéité dans des conditions de laboratoire. Mais si la pose dégrade ces performances (par un défaut de calfeutrement, une fixation inadaptée ou des jeux non respectés), la responsabilité du fabricant est dégagée. L’expert se tournera alors exclusivement vers l’installateur et son assurance décennale.
Votre rôle est d’assurer la continuité des performances entre le produit et le bâtiment. La garantie décennale couvre précisément les vices liés à cette interface : la solidité de l’ouvrage, son étanchéité à l’air et à l’eau une fois installé, et sa performance globale dans son environnement réel. C’est pourquoi un défaut de pose qui crée une infiltration d’eau engage votre décennale, même si la fenêtre elle-même est parfaitement étanche.
Le tableau ci-dessous, basé sur les informations fournies par les professionnels de la menuiserie, clarifie cette répartition des rôles et des garanties. Comprendre qui garantit quoi est fondamental pour savoir se défendre.
| Responsable | Type de garantie | Durée | Couverture |
|---|---|---|---|
| Fabricant | Garantie produit (NF/CEKAL) | 10 ans (vitrage CEKAL) | Vice de fabrication, étanchéité du vitrage, performances thermiques théoriques |
| Installateur | Garantie décennale | 10 ans | Vice de pose, solidité, étanchéité à l’air et à l’eau, performance globale installée |
| Installateur | Garantie biennale | 2 ans | Éléments dissociables, motorisation, quincaillerie |
| Fabricant + Installateur | Garantie de parfait achèvement | 1 an | Tous désordres signalés à la réception |
Quand les nouvelles règles RE2020 s’imposent-elles à vos petits chantiers de rénovation ?
La Réglementation Environnementale 2020 (RE2020) suscite de nombreuses interrogations, notamment en rénovation. Faut-il l’appliquer pour le simple remplacement de trois fenêtres chez un particulier ? La réponse est, dans la majorité des cas, non. Il est crucial de distinguer les obligations selon l’ampleur des travaux pour ne pas s’imposer des contraintes inutiles, tout en respectant les exigences minimales.
La RE2020 dans sa version complète s’applique principalement aux constructions neuves et aux rénovations lourdes. Pour les travaux de menuiserie en rénovation, on parle de RE2020 « par élément » ou, plus souvent, on reste sous le régime de la Réglementation Thermique sur l’existant « par élément » (RT existant). Le basculement vers des exigences plus strictes dépend de seuils précis de surface ou de coût des travaux.
Le respect de ces réglementations thermiques est essentiel. Un manquement aux exigences de performance minimales peut être considéré comme rendant l’ouvrage impropre à sa destination sur le plan énergétique, engageant ainsi votre responsabilité décennale. Il est donc primordial de connaître le cadre qui s’applique à votre chantier.
Étude de cas : seuils d’application de la RE2020 en rénovation de menuiseries
Prenons un chantier type. La RE2020 s’applique aux rénovations lourdes, mais pour les menuiseries, le déclenchement est plus spécifique. Le simple remplacement de quelques fenêtres reste généralement soumis à la RT existant par élément. Cette dernière impose déjà des exigences de performance thermique minimale pour les nouvelles fenêtres (par exemple, un coefficient Uw ≤ 1,7 W/m².K). Cependant, si votre chantier implique le remplacement de plus de 50% des fenêtres d’une façade ou si la surface totale de menuiseries remplacées est supérieure à 25m², les obligations peuvent se durcir et se rapprocher de la RE2020 « par élément », sans pour autant imposer systématiquement un test d’étanchéité à l’air comme en neuf. Les « petits chantiers » de remplacement de 3 ou 4 fenêtres ne sont donc pas concernés par les contraintes les plus lourdes de la RE2020.
Garantie de bon fonctionnement (2 ans) ou Décennale (10 ans) : dans quelle case tombe un volet roulant en panne ?
La panne d’un volet roulant est un cas d’école qui illustre parfaitement la distinction cruciale entre la garantie de bon fonctionnement (biennale) et la garantie décennale. La réponse dépend d’un seul critère : le volet est-il considéré comme un élément d’équipement dissociable ou indissociable de l’ouvrage ? Une mauvaise qualification peut entraîner un litige sur la prise en charge.
La règle, confirmée par la jurisprudence, est la suivante : un équipement est « indissociable » si sa dépose, son démontage ou son remplacement ne peut se faire sans détérioration ou enlèvement de matière de l’ouvrage principal (le mur, la structure). Dans ce cas, il relève de la garantie décennale. À l’inverse, s’il peut être enlevé sans « abîmer » le gros œuvre, il est « dissociable » et relève de la garantie biennale de deux ans.
Un volet roulant dont le coffre est un « bloc-baie » posé en applique sur la façade est un équipement dissociable. Son moteur ou sa quincaillerie tombe en panne après 3 ans ? C’est hors garantie biennale, et cela ne relève pas de la décennale car la panne n’affecte pas la solidité ou l’habitabilité de la maison. En revanche, un volet roulant intégré dans un coffre tunnel directement dans la maçonnerie est considéré comme indissociable. Si un défaut sur ce coffre provoque des infiltrations d’eau dans le mur, la garantie décennale est engagée car le désordre rend l’ouvrage impropre à sa destination.
Le tableau suivant, qui s’appuie sur l’analyse de la jurisprudence par les services publics, vous aidera à classer les pannes les plus courantes et à déterminer la garantie applicable.
| Type de volet | Type de panne | Garantie applicable | Justification |
|---|---|---|---|
| Volet intégré (coffre tunnel) | Infiltration via coffre | Décennale (10 ans) | Élément indissociable affectant la structure |
| Volet en applique | Panne moteur | Biennale (2 ans) | Élément dissociable, équipement |
| Tous types | Lames cassées par vent | Non garanti | Événement extérieur, cas de force majeure |
| Volet intégré | Défaut d’étanchéité à l’air | Décennale (10 ans) | Impropriété à destination |
| Volet en applique | Problème quincaillerie | Biennale (2 ans) | Élément de bon fonctionnement |
Escabeau ou échafaudage : ce que dit le Code du travail pour changer une fenêtre au 1er étage
Le respect du DTU 36.5 est une obligation technique vis-à-vis de votre client et de votre assureur. Mais un chantier de pose de menuiseries engage aussi votre responsabilité en tant qu’employeur ou travailleur indépendant vis-à-vis du Code du travail. Le choix de l’équipement pour le travail en hauteur est un point de vigilance majeur, et une mauvaise décision peut avoir des conséquences bien plus graves qu’un litige commercial.
Le principe général du Code du travail est la priorité à la protection collective. L’utilisation d’un escabeau, considéré comme un équipement de protection individuelle, est tolérée mais strictement encadrée. Il est interdit de l’utiliser comme un poste de travail permanent. Pour le changement d’une fenêtre au premier étage, la question se pose systématiquement : un escabeau est-il suffisant ou un échafaudage (fixe ou roulant) est-il obligatoire ? La réponse dépend d’une analyse de risque préalable.
Plusieurs critères doivent être pris en compte : la hauteur exacte de travail, la durée de l’intervention en hauteur, le poids des menuiseries à manipuler, et la nature du sol. Utiliser un simple escabeau pour manipuler une baie vitrée de 80 kg à 4 mètres de haut est une faute inexcusable. Les sanctions en cas d’accident ou de simple contrôle de l’inspection du travail sont extrêmement lourdes : les manquements aux règles de sécurité peuvent entraîner des peines allant jusqu’à 75 000 € d’amende et jusqu’à 6 mois d’emprisonnement. Votre assurance décennale ne couvrira jamais les conséquences d’un accident du travail lié à un manquement de votre part aux règles de sécurité.
Avant chaque chantier en hauteur, posez-vous les bonnes questions. Une intervention de plus de 30 minutes, la manipulation de charges de plus de 25 kg ou un sol instable doivent systématiquement vous orienter vers une plateforme stable ou un échafaudage. Ce choix doit être documenté, par exemple dans le Plan Particulier de Sécurité et de Protection de la Santé (PPSPS) pour les chantiers concernés. C’est une preuve que vous avez évalué le risque et pris les mesures adéquates.
À retenir
- Le calfeutrement est non-négociable : L’absence de compribande ou l’utilisation de mousse PU est la première cause de refus d’indemnisation par les experts. C’est le point de contrôle numéro un.
- L’autocontrôle documenté est votre meilleure défense : Les photos datées, les tests d’étanchéité et un PV de réception co-signé constituent un dossier de preuves qui vous protège en cas de litige futur.
- Distinguer les garanties est vital : La décennale couvre la pose et ses conséquences sur le bâtiment (impropriété à destination), la biennale couvre les pièces d’usure et mobiles, et la garantie produit couvre les défauts de fabrication.
Que couvre exactement votre assurance décennale menuisier (et surtout ce qu’elle ne couvre pas) ?
L’assurance décennale est le pilier de votre protection, mais croire qu’elle couvre tout est une illusion dangereuse. Comprendre ses limites et ses exclusions est aussi important que de connaître les règles du DTU. Un expert d’assurance cherchera toujours à vérifier si le désordre déclaré entre bien dans le champ d’application strict de la garantie. De nombreux sinistres courants sont en réalité exclus de la couverture standard.
La première exclusion, et la plus frustrante pour les clients, concerne les désordres purement esthétiques. Une rayure sur le vitrage, une légère décoloration du PVC ou un petit éclat sur un profilé, s’ils ne compromettent ni l’étanchéité, ni la solidité, ni l’isolation de l’ouvrage, ne seront jamais pris en charge par la décennale. Il en va de même pour l’usure normale et le défaut d’entretien : un client qui n’a jamais nettoyé les drains de ses fenêtres ne pourra pas vous reprocher une mauvaise évacuation de l’eau. De même, les dommages causés aux biens existants avant votre intervention (par exemple, une fissure dans un carrelage lors de la pose) relèvent de votre responsabilité civile professionnelle, et non de la décennale.
Une des exclusions les plus méconnues et les plus critiques concerne la non-déclaration d’activités spécifiques. Votre attestation d’assurance liste précisément les techniques et ouvrages couverts. Si vous êtes assuré pour la « pose de menuiseries extérieures » mais pas pour la « pose sur ossature bois », un sinistre sur un chantier en MOB vous sera refusé. Il est impératif de vérifier et mettre à jour votre contrat chaque fois que vous développez une nouvelle compétence.
Étude de cas : l’importance de l’audit de son attestation décennale
Un menuisier, assuré pour la « pose de menuiseries extérieures », a réalisé une petite véranda pour un client. Suite à des infiltrations, il a déclaré le sinistre à son assureur. Celui-ci a refusé la prise en charge au motif que l’activité « Verrières-Vérandas » est une nomenclature spécifique qui n’était pas mentionnée dans son contrat. L’artisan a dû supporter l’intégralité du coût des réparations. Cet exemple, tiré de situations réelles de gestion de sinistres, démontre qu’il est crucial de vérifier que son attestation mentionne explicitement toutes les techniques pratiquées : pose en rénovation sur dormant existant, pose sur murs à ossature bois, pose en applique, en tunnel, etc. L’absence d’une seule technique peut invalider votre couverture pour le chantier concerné.
Pour mettre en pratique ces conseils et sécuriser durablement votre activité, l’étape suivante consiste à intégrer systématiquement une procédure d’autocontrôle documentée à la fin de chaque chantier. C’est votre meilleure garantie pour dormir sur vos deux oreilles.